Vendredi 16 octobre 2009
           Depuis la traduction en créole "Gran kannal-la" (Astérix) de GOSCINNY et UDERZO, Caraïbéditions à renouveler l'expérience avec ses partenaires. Il m'a semblé assez opportun de faire ou refaire une petite présentation de ces éditions vu que le 6ème festival international du livre et de la bande dessinée de Saint-Denis approche à grand pas (du 6 au 13 décembre 2009). Une façon pour moi de remettre à l'honneur les oeuvres originales avant tout et tenter de faire une sorte de promotion (rires)de ma langue vernaculaire, le créole. A l'heure ou l'on parle de numérisation, de disparition du livre tel qu'on le connait, je prends de plus en plus goût à lire et à tenir un "bon vieux bouquin" entre mes mains. Rassurez-vous, je ne suis pas conservateur à ce point, il m'arrive aussi de lire des livres numériques gratuits (les classiques)sur internet. Mais ceux qui le vivent comme moi savent comment c'est bon de tenir un bouquin neuf entre les mains, de humer les pages et d'avoir envie de le dévorer (au sens figuré biensûr) très vite! Ils savent aussi avec quel entousiasme on peut relire une oeuvre de sa bibliothèque dont les pages jaunies nous rappellent de bons moments.
La BD en créole est pour moi une façon originale de présenter les créoles (Martiniquais, Guadeloupéen, Guyanais, Réunionnais, etc...) au monde et à nous même qui le parlons plus que nous l'écrivons. Je trouve d'une part que c'est une forme de défit dans le sens ou l'oeuvre humoristique  que constitue généralement une bande dessinée (en tout cas celles qui ont été traduites récemment), s'établit sur l'humour relative à la culture d'origine de l'auteur, ce qui est évident. Ceux qui n'auraient pas appréciés Astérix en français pourraient éventuellement l'aimer en créole! Alors, les traducteurs ont-ils cherché à retranscrire cet humour en créole, ou ont-ils tenté en respectant l'esprit de l'oeuvre originale biensûr, une adaptation relative aux cultures créoles? J'avoue au passage que "gran kannal la" ne m'a pas du tout convaincu, je n'ai pas réussi à rire en lisant le volume en créole, surtout que je n'étais pas du tout d'accord avec certaines traductions. Il faut dire que "Le grand fossé" le titre original ne fait pas parti des plus comiques d'Astérix selon moi. Par contre, "Astérix chez Rahàzhade" fait bien parti des plus comiques de GOSCINNY. je n'ai pas encore lu la traduction mais j'espère qu'elle sera à la hauteur de la version originale. Déjà un bémol, le traducteur a changé le nom de la jeune princesse indienne en passant de "Rahàzhade" à "Razade". Si c'est une adaptation je ne vois rien en créole qui justifierait le "Razade", mais ce n'est que mon avis, les noms de devraient pas être modifiés.
D'autre part, le créole qui est souvent vu par beaucoup d'entre nous aux Antilles et peut-être ailleurs, comme un dialecte vulgaire, grossier, est-il porteur d'un humour particulier au regard du monde? Les traductions favorisent-elles une meilleure appréciation du créole et permettent-elles un nouvel engouement pour la lecture, voir pour une relecture des oeuvres, dans les espaces créolophones?
On pourrait me demander pourquoi j'en fais tout une histoire alors que la traduction d'une oeuvre n'a rien de particulier.Tintin a été traduit dans de nombreuses langues, régionales, Astérix etc...Seulement, lorsqu'on connait son histoire et l'histoire de sa langue il est bon de dire que l'autorisation donnée pour la traduction des oeuvres en créole montre que les créoles sont en train d'occuper un espace culturel spécifique dans le monde alors que beaucoup paradoxalement, ne considèrent pas leur langue vernaculaire. Fort est de constater que ces travaux de traduction rentre dans le cadre de la défense des identités régionales même si ce n'est pas forcement un des objectifs des traducteurs, ni de l'éditeur. Pour Tintin par exemple, il y a eu cette volonté politique (il faut appeller un chat un chat), au travers des traductions en langues régionales qui tout comme le créole restent plus parler qu'écrite: breton et occitan pour la France; catalan et basque pour l'espagne dans un premier temps. Ensuite, en alsacien en corse etc...Maintenant, je crois qu'une production réelle d'ouvrage en créole serait une deuxième étape essentielle pour élargir le champ des lectures créoles et un moyen d'exporter nos valeurs, notre culture, notre HUMOUR !(au travers des BD). En parlant d'humour antillais, je ne cesserai de vous encourager à lire ou relire la BD de DELSHAM et ABEL: "Le retour de Monsieur Coutcha"aux éditions M.G.G, si vous le trouvez! (pas facile...)
BONNES LECTURES et VIVE LE LIVRE!

Astérix "Gran kannal la", GOSCINNY et UDERZO, paru en février 2008

Titeuf "Chimen lavi", Zep, paru en août 2008

San Pié-Flanbwayan an, AUCLAIR/MIGEAT, paru en février 2008


"Tintin ek sé picaros-la", HERGE, paru en janvier 2009

"Astérix la kaz razade", GOSCINNY et UDERZO, paru en septembre 2008

Lé prof"Tablo nwè", PICA /ERROC, paru en octobre 2009

Par caonabo - Publié dans : Ecriture
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