
Les chansons de MONA ont marqué profondément mon enfance alors que je courais dans le
vieux chemin de Nord-Plage avec mes amis. Ecouter du MONA aujourd'hui me renvoie directement à cette époque de ma vie ou l'on n'avait pas encore intégré toute cette "occidentalité" dans nos vies.
Je veux dire qu'avec du recul, je trouve qu'on a perdu beaucoup de notre originalité martiniquaise, ces petites choses que je ne peux expliquer qui fait qu'on est soi-même. Pendant mon enfance,
on gueulait du MONA toute la journée, en pêchant des écrevisses, des poissons, sur la plage, lors des chasses aux lézards. Tous, on pouvait au moins chanter les refrains et une bonne partie de
ses chansons.
MONA était un artiste martiniquais né au Vauclin qui a réussi à mêler de façon admirable des instruments de notre tradition (tambour, ti-bwa, chacha) avec des instruments modernes (guitare,
clavier) et parallèllement il accordait des rythmes d'ici à d'autres rythmes de la caraïbe et de l'Amérique (blues). Je pense que MONA a toujours été apprécié par les populations des campagnes
car elles se retrouvaient dans l'expression artistique d'Eugène. Quand je le voyais sur scène pied nu avec sa flûte en bambou, ses dents blanches qui jaillissaient presque de sa peau noire; je
voyais un artiste proche de moi, un homme des campagnes, un travailleur qui avait sans doute subit les mêmes misères que mes proches. Je voyais un nègre! dans le sens de la force, de la virilité,
de la douleur, de l'amour, de la spiritualité. Et...j'entendais une voix, puissante! qu'il utilisait pour dénoncer les injustices (bwa brilé), défendre le patrimoine dans toute sa dimension, pour
parler de la société et de la politique (ma maman m'a dit/ mi mwen mi wou), mais aussi pour une quête de spiritualité qu'il nourrissait sans doute au contact de la nature (Energie vibration
positive). Ce chanteur de musique traditionnelle nous laissé des chansons que j'écouterai toujours: bwa brilé, ma maman m'a dit, gérié-gérièz!, doudou ménar, mi bach, face à face etc...
De son vivant MONA n'a pas eu autant de succès que dans sa mort. Max RANSAY l'avait reproché au public martiniquais sur scène et il avait raison. Aujourd'hui beaucoup de personnes tentent de se
réapproprier du MONA Eugène, à l'heure ou l'on observe une tentative de retour vers une Martinique (authentique). Beaucoup massacrent également ces chansons, d'autres se prétendent héritiés de
MONA; que ne ferait l'homme pour se faire remarquer 5 minutes! C'est facile de s'approprier le travail d'un mort pour se faire une certaine notoriété: MONA par-ci, MONA par-là! pareille pour
CESAIRE. Pffff! du marqueting, rien de sincère. Je me rappelle que nombreux étaient ceux qui trouvaient l'artiste grossier parce-qu'il n'avait pas honte d'être lui-même, dans la vie et sur scène.
On l'oublie peut-être mais ce fut un temps ou les martiniquais rejetaient tout ce qui était noire et même les noirs eux même! Ce que recherchait tout un chacun c'était de se rapprocher de la
couleur blanche. Je n'invente rien! et...je me demande si cet héritage de l'époque esclavagiste ne travaille pas toujours les mentalités (question-réponse, lol!). Moi-même j'ai subi un racisme
violent d'autant plus que ça venait de noirs comme moi-même, mais moins foncés que moi, hum! j'en rigole aujourd'hui mais ça me plantait un couteau dans le coeur au lycée. La mère de la première
fille que j'ai aimé (elles étaient chabines) ne voulait pas qu'elle fréquente un gars foncé de peau et ses amies du lycée lui rappelaient souvent ma couleur.
Je plains les gens qui se rejetent eux-même avec tout ce qui va avec: couleur, culture, tradition, patrimoine, histoire ect...parce-qu'ils n'existent pas.
Quelques lignes de bwa brilé:
Lè mwen lévé lé maten oh!
Man ka pran bout kod la!
Man ka maré ren mwen pou man ay fè tren mwen é gandé zannimo mwen oh!
i sizè mwen fini, man ka pran gran rou-aaaaaa!
Man ka lévé zyé mwen pou man mandé kouraj a la divinité oh!
Pou'y pé ban mwen an mannyè pou man pasa santi, lanmizè mwen oh, lanmizè mwen...
Bondyé fè mwen pousa! i ba mwen an bwa brilé! i ba mwen anpli san é mwen byen rézistan dapré lé espwatan oh!
etc...ect...
MONA Eugène
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